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QUESTION ORALE DE MME DETHIER-NEUMANN À M. LUTGEN, MINISTRE DE L’AGRICULTURE, DE LA RURALITÉ, DE L’ENVIRONNEMENT ET DU TOURISME SUR « UN PROJET INDUSTRIEL D’ÉLEVAGE DE PLUS DE 8.000 PORCS EN HESBAYE »

Mme Monika Dethier-Neumann (Écolo). – L'actualité régionale hesbignonne est traversée ces derniers jours par un débat public important relatif à une demande de permis introduite par la société Hadopor en vue d'exploiter une porcherie de 6.480 porcs et 2.160 porcelets sur le territoire de la commune de Burdinne. À l'exception d'un élevage plus important situé sur le territoire de Comines, à la limite de la Région flamande, il s'agirait là, à ma connaissance, du plus gros projet de porcherie industrielle sur le territoire de la Région wallonne. Il s'agit là également, au vu de sa taille et ses caractéristiques, d'un projet qui présente les critères d'une exploitation plus industrielle qu'agricole tant au vu de la très faible liaison au sol qu'au type de modèle agricole projeté. Comme vous le savez, la nappe phréatique de Hesbaye est fragile et sa situation réelle en termes de pollution par les nitrates est préoccupante. La pression subie par les nitrates d'origine agricole y est très forte et de nombreux captages approchent ou dépassent la norme de 50 mg de nitrates. S'il est exact que les épandages de lisier viennent partiellement remplacer le recours aux engrais chimiques, leur saine gestion n'en est pas moins essentielle et les chiffres actuels tendent à montrer que ni l'évolution des pratiques ni les normes pratiquées actuellement ne permettent de contrer ce phénomène de pollution des captages.

Monsieur le Ministre, un tel type d'élevage correspond-il au modèle que vous souhaitez promouvoir en Wallonie ? En quoi ce type de production s'intègre-t-il dans une politique de filières de qualité ? N'observe-t-on pas là les limites de l'absence d'une politique cohérente en matière d'agriculture ? Les limites d'une politique où la Région refuse de lier un modèle à la qualité et continue à accepter le développement de l'ensemble des filières qu'elles soient industrielles ou pas en refusant de faire un quelconque choix privilégié ? Ces choix ne devaient ils pourtant pas faire l'objet d'une intégration dans un décret-cadre pour l'agriculture wallonne que vous nous annoncez depuis le début de la législature?

Monsieur le Ministre, allez-vous marquer votre accord à une telle exploitation qui représente près du double en taille de celle que vous avez refusé voici peu en Province de Luxembourg et qui correspond au même modèle ?

Monsieur le Ministre, l'apparition de ce type de demande pour des élevages de grande taille n'est-il pas la conséquence des trop faibles normes adoptées en début de législature au travers de l'arrêté relatif à la taille et l'exploitation des élevages ?

Au vu de la situation de la nappe de Hesbaye, n'est-il pas plus opportun de renforcer les normes et les mesures prises dans le cadre du plan de gestion durable de l'azote en agriculture plutôt que d'autoriser le développement d'élevages industriels qui augmentent la charge polluante ? Ne faut-il pas mettre en œuvre un cadastre des épandages tel qu'Ecolo l'a proposé à de nombreuses reprises ?

M. Benoît Lutgen, Ministre de l'Agriculture, de la Ruralité, de l'Environnement et du Tourisme. – Ma réponse sera rapide et globale. Premier élément, devons-nous avoir une production de porcs en Wallonie pour la consommation des Wallonnes et des Wallons ? Ma réponse est oui, aussi bien sur un plan économique qu'environnemental. Je suis favorable à ce que nous évitions les importations même si, dans ce cas-ci, les porcs que nous consommons en Wallonie proviennent de Flandre, ce qui est assez proche.
Deuxième élément, comment organiser cette production ? J'ai chargé un groupe de travail « porcs » de réaliser un cahier de charges et étudier l'encadrement de la filière en Région wallonne. Nous avons également adopté de nouvelles dispositions en matière d'engraissement des porcins via un arrêté.
Au cours de cette séance de travail, l'établissement de porcins de Classe 3 a été arrêté. Cela signifie que la législation est bien présente.

Étant de Bastogne, je suis un grand défenseur du jambon d'Ardenne qui est en IGP et non en AOC. La différence est fondamentale puisque nous utilisons parfois du porc qui vient d'ailleurs pour le transformer chez nous. Il y a toute une série d'éléments qui permettent de bien encadrer ce type d'exploitation.
Pour ma part, je n'ai jamais refusé officiellement par une notification un projet en Province de Luxembourg. Le projet n'a jamais vu le jour. Je suis intervenu de manière très forte pour dire ce que j'en pensais, avant même qu'un dossier n'ait été déposé et ne suive son cours. Si le dossier avait été en cours de procédure, je me serais tu. Dans ce cas-ci, c'est d'ailleurs plutôt le Ministre Antoine qui s'en serait chargé puisqu'il s'agit d'un permis unique. Je ne me prononce pas sur ce type de dossier si je suis concerné d'une façon ou d'une autre en appel et sur recours. Je ne vais donc pas me prononcer en avance sur ce dossier. J'attends les conclusions du groupe de travail et d'une série d'acteurs pour voir comment développer la filière dans notre Région en respectant l'environnement, la qualité de vie et en ayant une plus-value réelle sur le plan économique et la création d'emplois dans notre Région. Ce n'est pas évident, considérant que ce genre d'élevage fait peur à bon nombre de personnes. C'est parfois de l'ordre de l'irrationnel et il faut pouvoir en tenir compte. Des études ont été réalisées et je n'en connais pas les conclusions. Je ne peux donc pas vous donner mes impressions. Ce groupe avait d'ailleurs été mis en place suite à ce qui s'était passé à Redu-Libin. Il y avait déjà un groupe de travail qui avait été mis en place pour la Province du Luxembourg afin de voir comment développer ces activités : comment les encadrer, comment accompagner, comment gérer de façon globale l'ensemble de la filière pour qu'il y ait une réelle plus-value au niveau de la Région.
Lors d'une première étude réalisée sur la Province du Luxembourg, vu que le projet dit de la « Ferme Papine » est mort-né, nous sommes repartis de ce travail-là, mais je l'ai élargi à l'ensemble de la Wallonie pour que les filières puissent faire des propositions en la matière. Je défendrai toujours les activités, que ce soit dans le domaine du porc ou de la volaille, des activités qui soient de taille humaine, qui représentent un impact positif sur l'économie locale, qui représentent un impact positif sur d'autres Provinces et qui permettent de réduire au maximum les nuisances environnementales. Au niveau du PGDA et de Nitrawal, les aspects environnementaux ont été considérés de façon très forte.
Je ne peux pas vous faire quelques commentaires par rapport à ce dossier-là. L'enquête publique s'est clôturée le 11 décembre dernier, sur base des observations de la population et des avis collectés aussi par les différentes administrations, la situation en parc naturel, les aspects d'urbanisme, les autorités communales. Si ce permis est refusé par l'autorité communale, les demandeurs auront l'occasion d'introduire un recours à la Région wallonne auprès de mon Collègue André Antoine. Ce n'est qu'après cette procédure que je pourrai éventuellement vous donner mon point de vue. Des beaux projets de développement de la filière existent en Région wallonne. Je pense aux porcs plein air, aux porcs bio, aux PQA, qui sont de belles filières.
J'aurais voulu savoir si, pour votre part, vous êtes d'accord pour la rencontre de l'offre et de la demande en matière de viande porcine. Partagez-vous mon avis de pouvoir avoir une production suffisante ?

Mme Monika Dethier-Neumann (Écolo). – Je peux comprendre qu'il y a un problème entre l'offre et la demande et un problème lié au sous-localisme parfois. Le constat d'aujourd'hui est que nous sommes à 35.000 porcs et qu'on y rajouterait 9.000 porcs dans le rayon autour de Braives. La question de concentration d'élevage sur un même territoire se pose. J'ai assisté à une matinée organisée par les agricultrices vers les Plénesses au sujet de l'offre et de la demande, réunion qui s'est faite avec la filière HORECA. Il y a eu une analyse intéressante et surprenante pour les agricultrices de l'HORECA qui leur faisait savoir qu'il ne fallait pas toujours du Bleu Blanc Belge et que l'offre devait être diversifiée. Certes, il faut une offre qui respecte l'air, le sol, mais aussi les agriculteurs. Les exploitations de ce genre poussent l'agriculteur vers une limite qu'il ne lui est pas possible d'atteindre.
Dans un esprit prospectif, je vous conseillerai de retravailler l'arrêté au niveau des tailles d'exploitation ou le décret cadre au niveau de l'épandage.

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